La Baume Fontbregoua à Salernes : un témoignage important de notre passé
Par Thierry le mardi, 24 octobre 2006, 11:47 - Salernes - Lien permanent
Cette caverne se trouve juste à côté de Salernes dans le Var et consitue une référence connue de tous les spécialistes étudiant les modes de vie des hommes dans le midi de la France pour la période allant de -12000 à -2000 ans avant JC. Elle doit sa renommée au fait qu'il a été prouvé qu'il s'y était pratiqué du cannibalisme.
J'ai fouiné sur le net pour voir s'il existait des textes en parlant et sur lesquels vous renvoyer mais je n'ai pas trouvé grand chose.
Pour vous permettre d'en savoir un peu plus sur cette grotte, je me suis dit que le plus simple et le plus sur car je ne suis pas un spécialiste en la matière était de reprendre la feuille photocopiée et rephotocopiée que j'ai trouvée à l'Office de Tourisme (je me suis juste permis de modifer quelques tournures de phrases qui me semblaient inadaptées) et je me suis permis de reprendre des photographies sur le site de la Paléoassociation, sur la page de présentation de la conférence faite par Jean Courtin, Directeur de Recherches au CNRS :
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Découverte et partiellement fouillée de 1945 à 1955 par André TAXIL, pharmacien et érudit salernois, la Baume FONTBREGOUA s'ouvre à 400 mètres d'altitude au nord-ouest du village, dans des pentes rocheuses. Mesurant environ 30 m sur 20, la caverne est éclairée par une ouverture naturelle de la voûte. La superficie de la grotte est de 250 à 300 m2 selon les niveaux, pour une épaisseur totale de remplissage de 11 mètres. En effet, un sondage étroit a révélé près de 7 mètres de foyers du Paléolithique final (-12000) et du Mésolithique (-8500 -6000), au-dessous de près de 4 mètres de niveaux à céramique (-5000 -2000). Reprise en 1970 par une équipe du C.N.R.S., la fouille est dirigée par Jean COURTIN, directeur de recherche au C.N.R.S., et par le Docteur Paola VILLA, de l'université de BOULDER dans le Colorado.
Le Paléolithique final (-12000 -9000)
Il est représenté par un outillage en silex (grattoirs arrondis, lamelles à dos); faune et flore indiquent un milieu forestier plus froid que l'actuel.
Au Mésolithique (-8500 -5500)
La grotte servait de halte de chasse à un petit groupe de chasseurs-cueilleurs utilisant des pièces en silex minuscules (segments, triangles de 5 à 7 mm de long), sans doute des éléments de projectiles. La chasse concernait des oiseaux (surtout le pigeon biser et colombin), mais aussi le lapin, le blaireau, le lynx, le chat sauvage ou le renard. Dans la Bresque, les Mésolithiques pêchaient des truites (nombreux restes de machoires et de vertèbres) et capturaient des tortues aquatiques (cistudes) abondamment consommées, ainsi que des escargots. Avec le réchauffement climatique du 9è millénaire, les milieu naturel était alors devenu une forêt de feuillus. L'alimentation végétale est bien attesté : glands, noisettes, mais surtout quantité de légumineuses spontanées, récoltées de façon intensive et grillés : vesces, gesses, lentilles ervilières. Fontbrégoua est un des très rares sites mésolithique en Europe ayant donné des témoignages d'une cueillette intensive, et peut-être même d'une protoagriculture, antérieurement au Néolithique. Des parures en coquilles marines percées sont la preuve de contacts avec le littoral.
Le Néolithique (-5000 -2000)
A partir de 5000 avant notre ère, la grotte a été occupée par des agriculteurs – pasteurs utilisant des poetries qui sont parmi le splus anicennes connues en Europe occidentale. Les dépôts néolithiques comprennent trois ensembles, le Néolithique ancien cardial (-5000 -4000) le Néolithique moyen préchasséen (-4000 -3500), le Chasséen (–3500 -2000); les couches superficielles, perturbées par les animaux fouisseurs, contiennent des vestiges du Néolithique final (-2500 -2000), de l'Age du Bronze, de l'Age du Fer (céramique phocéenne du VIè siècle) et du gallo-romain.
Le Néolithique ancien cardinal
Souvent décorée à la coquille de cardium, d'où le terme de cardial, la poterie comprenait des formes simples, toujours à fond rond modelée au colombin, et bien que cuite sans four, cette céramique est techniquement parfaite. Outre les motifs imprimés à coquille de cardium, on trouve des décors au doigt, à l'ongle, à la spatule, des motifs « en flamme » à la coquille de moule, des cannelures et des décors plastiques (cordons, pastiliages). N'ayant pas de gîtes de silex à proximité, les hommes de Fontbrégoua se procuraient la matière première dans la vallée du Largue près de Forcalquier, et surtout dans les Monts de Vaucluse, à près de 80 ou 100 km. L'outillage consistait en lames (couteaux) souvent utilisés comme éléments de faucilles, perçoirs, grattoirs et petites armatures de flèches à tranchant transversal employées pour la chasse. Peu nombreuses, les haches polies étaient en roche vertes d'origine alpine ou durancienne. Outils à tout faire, elles servaient à l'abattage et au travail du bois, à la boucherie, au travail de l'os et de la corne. Outre la viande, la lait , la peau, les tendons, la faune domestique fournissait la matière première de l'outillage en os, des poinçons,des ciseaux, des lissoirs (estèques de potiers) et des sagaies en os et en bois de cerf étaient utilisées pour la chasse au gros gibier.
La parure au Néolithique ancien comprenait des coquillages marins perçés (colombelles, dentales, cônes, cérithes, cassis) témoins de contacts avec la côte varoise (à deux journées de marche). On trouve aussi des coquilles de cardium ou de la calcithe, des défenses de sanglier perçées, des anneaux en os. Mais les objets les plus spectaculaires sont des bracelets en pierre, d'un très beau fini, fabriqués sur place comme le prouvent des ébauches. La plupart de ces bijoux (une douzaine à Fontbrégoua) sont en calcaire blanc dur, « marbre » qui affleure à une vingtaine de km, mais aussi en serpentine verte des Maures, et en jadéité alpine de provenance lointaine.
Sous un climat déjà méditerrranéen mais plus humide que l'actuel, dans une forêt de chênes blancs, de tilleuls et de noisetiers, les hommes du Néolithique ancien chassaient une faune riche et variée : cerf, chevreuil, sanglier très abondant, loup, blaireau, renard, martre et dans la vallée le grand boeuf sauvage, sans négliger les oiseaux comme les perdrix, les cailles, les pigeons et les grives. A cette époque, la chasse représente encore 40 % de l'alimentation carnée. La pêche n'est plus attestée, mais on continuait à consommer des tortues cistudes. La faune domestique comprenait le chien, occasionnellement mangé (os retrouvés avec des stries), et surtout le mouton. La chèvre et le petit boeuf ont un rôle secondaire. Le porc n'apparaîtra qu'au Néolithique moyen et n'occupera jamais une place importante dans le troupeau. L'agriculture, prouvée par des faucilles en silex et des meules, est attestée de manière indiscutable par des grains de blé et d'orge carbonisés.
Le cannibalisme
Il y a plus de 6000 ans, les hommes de Fontbrégoua mangeaient de la chair humaine, et c'est cette découverte qui a valu au site une renommée internationale. Les paquets d'os humains retrouvés dans la grotte portent des stries au couteau de silex montrant que des carcasses humaines ont été dépecées et désossées selon les techniques de boucherie qu'on employait pour les animaux chassés ou domestiques.
Les os longs ont été brisés pour en extraire la moëlle, comme cela se faisait pour les os d'animaux. Des études poussées (analyses au microscope électronique à balayage par exemple) par une équipe de chercheurs français, américains et italiens ont permis de prouver de manière irréfutable ces pratiques cannibales à Fontbrégoua. Un des amas retrouvé contenait les crânes brisés de 7 individus (4 enfants et adolescents, 3 adultes); les os des membres retrouvés dans un autre amas indiquent un minimum de 6 personnes dépecées en même temps et pourraient correspondre aux crânes du premier tas. Au total, ce sont au moins 12 personnes qui ont été mangées au cours de plusieurs épisodes correspondant peut-être à des rencontres guerrières. Cela ne signifiait pas que l'on mangeait de l'homme aussi souvent que du cerf ou que du sanglier : les restes humains sont en petit nombre par rapport aux centaines d'ossements animaux. Il ne peut s'agir de cannibalisme funéraire, étant donné que les os étaient rejetés dans des dépotoirs. Le cannibalisme de survie, strictement alimentaire, est lui aussi improbable, car le milieu naturel était riche en ressources variées. Ces os sont sans doute ceux de victimes capturées et sacrifiées après des raids guerriers, type de cannibalisme bien connu en ethnologie et pratiqué à grande échelle par les indiens caraïbes des Antilles à l'arrivée des navigateurs européens.
Le Néolithique moyen et le Chasséen
Au 4è millenaire, les céramiques décorées à la coquille font place à des vases à surface lisse polie, à paroi fixe, souvent de teinte sombre et aux formes plus élaborées (vases a col, écuelles, assiettes à rebord, cuillers, anses très variées). L'outillage en silex est à base de très fines lamelles obtenues par pression, et aux flèches tranchantes s'ajoutent des pointes losangiques ou en forme de feuilles. Une pièce en obsidienne, verre volcanique provenant de Sardaigne ou de Lipari indique des relations trasméditerranéennes. Le bois de cerf est employé pour des manches ou des outils à tailler le silex. Un colorant local, la bauxite, est largement employé. La chasse perd peu à peu de son importance au profit de troupeaux domestiques composés de moutons, chèvres et boeufs, mais aussi de quelques porcs. Au Néolithique ancien, des plaques de résidus de fumier brûlés indiquent que les petits ruminants étaient parfois parqués dans la grotte, sans doute à cause des loups. Mais au 4è millénaire, la partie antérieure de la caverne servait de bergerie : en témoignent d'énormes accumulations de résidus de fumier(avec parfois des crottes de mouton parfaitement conservées), de très nombreuses dents de chute (dents de lait) d'agneaux et de cabris, et un mur en gros blocs de pierre délimitait la zone de parcage. Au cours du 3è millénaire, la grotte est peu à peu délaissée. Les Néolithiques, à présent pleinement agriculteurs, édifient des villages de huttes dans les vallées (par exemple entre Salernes et Villecroze ou à Tourtour). La grotte ne sera plus désormais fréquentée qu'épisodiquement par des chasseurs ou des bûcherons, et l'est de nos jours par des archéologues.
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pour votre information,
- vous pouvez aller écouter une conférecne donnée par Jan Courtin sur ce sujet sur le site de la paléoassociation,
- je viens de trouver sur cette page du site de Futura Sciences une interview de Jean Courtin où il parle de cette fameuse grotte.






